KUROGAMI
KUROGAMI, les cheveux noirs. sculpture. Pieces réalisées en céramique , grès émaillé craquelé et feuilles d’or.
À première vue, cette sculpture de Natalia Joly évoque un grand vase noir à l’ouverture étroite. Mais elle n’est pas un vase. C’est un chignon, un volume sculptural inspiré des coiffures élégantes des femmes japonaises de la période Edo — ces architectures de cheveux, symboles de statut, de transformation sociale, et de beauté intemporelle. La forme, comme un casque ou une coiffe cérémonielle, porte en elle la mémoire des gestes, des règles, des métamorphoses.
L’émail noir laqué, profond et brillant, rappelle la chevelure japonaise : cheveux noirs, lisses, finement peignés, où chaque mèche semble disciplinée par le temps et la tradition. Pourtant, des touches de feuilles d’or et d’émail blanc viennent animer cette surface lisse, comme des éclats de lumière ou des coups de pinceau calligraphiés. Ces reflets, délicats et imprévisibles, évoquent les vibrations d’une culture, les nuances d’une identité qui se réinvente sans cesse.
La petite ouverture au sommet de la coiffe invite à l’imaginaire : on pourrait y déposer un ornement, une fleur, un symbole — une offrande aux saisons qui passent, ou une marque subtile de l’évolution du regard porté sur les femmes. Car les coiffures, au Japon comme ailleurs, ne sont jamais que des coiffures. Elles sont des langages, des manifestes silencieux, des traces des luttes et des célébrations.
Cette sculpture n’est donc pas un simple objet. C’est une méditation sur la permanence et le changement, sur la rigueur des formes et la liberté des reflets. Un chignon qui, sous les doigts de Natalia Joly, devient le réceptacle d’histoires jamais tout à fait figées, toujours prêtes à se laisser traverser par la lumière. Kurogami, un manifeste silencieux.